lundi 3 septembre 2012

Louvoyer


Le frigidaire était vide,
on n'a pas eu le choix d'aller faire l'épicerie.
Ça l'air de rien, mais on fait pas ça souvent, c'est l'avantage d'habiter à 43 pas du marché.
Les courses se font à pied et au quotidien chez nous.
Sauf que, quand y a pu rien, y a pu rien. C'est ce que ça fait de partir trois semaines dans le bois.

On est monté dans le coin du Petit Liban; Sauvé/L'Acadie et on s'est lancé dans la foule et leurs paniers. C'était noir de monde comme si c'était un dimanche après-midi.
En revenant, le char était plein de sacs.
De la viande, de la crégnacé, des yogourts à boire, des pois chiches, du stuff à manger pour la rentrée.

La Petite dormait, mais pas fort fort, l'heure du boire s'en venait.
Fiston était à son poste, assis entre elle et le banc vide de Pépin, prêt à la divertir en cas de réveil.
L'avantage d'avoir travaillé en char dans ce coin-là pendant six ans c'est que tu finis par connaitre les subtilités de la circulation sur l'Acadie. Tu devines où te tenir pour pas trop ralentir et être pogné en arrière d'une file de chars qui savent pas où aller manger.

— Maman? La Petite est réveillée.
— Merci mon grand. Vas-tu prendre ton chemin par L'Esplanade ou bedon tu continues icitte?
— Sais pas sais-tu... Jvas continuer icitte, j'ai même pas le gout de passer proche du bureau...
— Ouan, je comprends ça... Mais, Jean-Talon?
— Boah, spa si pire. Ça descend plus vite icitte. Sur St-Laurent les lumiéres sont pas synchros, c'est fatiquant... Avec la Petite qui va vouloir téter tantôt pis la crégnacé en arrière j'aime mieux pas prendre de chance...
— Eille non, faudrait pas que ça fonde ste belle crégnacée là!

On passe l'échangeur qui surplombe la 40.
Arrêt à la lumière, départ, nouvelle confusion.
Chose qui veut aller au centre Rockland, l'autre qui en sort. Faut avoir des yeux tout le tour de la tête.
Je réussis une fois de plus à pas me faire rentrer dedans et on poursuit.

La Petite commence à faire ses sons de fille pas contente. C'est adorable.
Ça fait changement de ses frères qui étaient des affamés chroniques. Fallait leur donner le sein dans la minute suivant le premier chignement sinon c'était la crise.

Mais pas elle.
Elle fait la moue et son premier « Muuuuggnn » suit pas longtemps après.
Comme maintenant. On est encore loin, je viens à peine de contourner les pas-certains-de-comment-tourner-à-gauche-sur-Jarry, on approche St-Roch.
Les premiers pleurs commencent. On ne les entend pas souvent, c'est aigu, mais on l'aime.
Y a tout le temps un nifflette qui veut tourner sur Olgilvy qui met pas son flasher, je prévois le coup je suis dans la voie du centre.
On passe Ogilvy, ça pleure pas mal.
— On arrive bientôt papa? Chu tanné de l'entendre pleurer!
— Eh beh, t'avais oublié ce que c'était? On arrive sur Jean-Talon là.
— C'est proche de chez nous?
— 5-10 minutes, dépendamment du trafic.

Voie de gauche, file d'attente pour tourner sur Jean-Talon.
On attend, il passe six ou sept voitures à chaque flèche clignotante.
On n’est pas pressé, mais presque.

Je vois dans mon miroir qu'un autobus arrive par la droite à toute allure.
Il nous dépasse et je vois à qui on a affaire.
— Asti! L'ADQ! Ah ben câlisse, y veulent tourner à gauche en plus!
— C'est pas l'ADQ, c'est la CAQ, non?
— Y aurait beau changer le nom du Cheez-Whiz pour Délice Fromagé, ça resterait du crisse de Cheez-Whiz.
— Tu sacres, papa.
— Boah, pour les fois... Check ça! Y bloquent deux voies les caves!
— Gui, y a assez de bruit avec la Petite, crie pas en plus...
— Je crie pas, chu émotif. Fuck, j'aimerais ça qu'y débarque de son autobus, le champion, venir prendre une photo avec le bébé, juste pour voir comment ça passerait...
— Mais, y vont où là?
— On dirait ben que bloquer deux voies de ce bord citte c'était pas assez, y veulent bloquer l'autre bord itou. Y a pressé, pis pressé colon... Doivent avoir un débat avec la tivi kekpart.
— Spa une raison pour bloquer tout le monde!
— Fâche-toi pas après moi, on est du même bord! Bon, check ça, y passe sua rouge!
— Rendu là...
— Saint-esti, va falloir attendre la prochaine flèche. Check ça les amateurs, faut pas que tu roules à droite sur Jean-Talon, tout le monde se met sué quatre flashers pour aller s'acheter des cossins, ça jam ben raide. Faut rouler à gauche pis se placer à droite au coin de Wiseman pis Querbes. Méchant chauffeur...

On a finalement passé. La Petite a braillé jusqu'à la maison, ça aura pris 15 minutes.
Ça aurait été 10, n'eût été de l'autobus des déplaisants.
Ils me diront, c'est juste cinq minutes.
Je répondrai, exactement.
J'ai pas de patience avec les déplaisants.







6 commentaires:

Anonyme a dit…

Tiens pour en rajouter à ta bonne humeur. Je trouve qui en a qui cherche le trouble en cibolaque!!!

http://www.lapresse.ca/actualites/elections-quebec-2012/201209/04/01-4570861-pas-facile-de-voter-sur-le-plateau.php

Marie-Josée

Francoise Champagne a dit…

Satanés chars !

Je l'aime bien, ce billet, il est plein de ta tendresse pour ta tribu !

Éric McComber a dit…

Délicieux.

Gomeux a dit…

Eh ben, longtemps pas vu! Tourlou!

Jean-François Thibaud a dit…

Encore un texte très fort. J'avais pas eu le temps de me mettre à date chez vous.

Excellent.

Gomeux a dit…

Merci Jee!