lundi 2 mars 2009

Y aller franchement, finalement

Il y a de cela quelques semaines, l'hebdomadaire ICI, de Mourial, congédiait cavalièrement le chroniqueur Michel Vézina, camouflant le tout comme une démission et allant même jusqu'à farfouiller (lire censurer) dans sa dernière chronique.
Bon.
Je retiens deux choses:
— le rédacteur en chef, Pierre Thibeault est un triste personnage.
— Michel Vézina, dans un certain sens, est pas yab mieux.

Pierre Thibeault est un fort sympathisant de Reporter Sans Frontières, un organisme ridicule, en partie financé par la CIA, via sa branche de la NED. Le résultat est évidemment une vision de la liberté de presse au gout de l'Empereur.
C'est tellement ridicule que même l'UNESCO s'en tient loin.
Thibeault monte aux barricades avec RSF quand ça adonne, c'est-à-dire assez régulièrement.
Or quand on censure un des chroniqueurs de SON PROPRE Hebdomadaire, il demeure coi, tranquille, aux pieds du grand boss.
Mieux, une semaine après le congédiement de Vézina, Le rédac en chef fait comme si de rien n’était et pond une chic chronique sur Jacques Attali qui prône l'instauration d'une idée des Rockefeller, un « réel gouvernement mondial ».
La censure c'est pas bien, mais dans les autres pays, non capitalistes, évidemment.
À quoi bon en remettre sur son compte, l'homme ajoute une pierre molle à son édifice mou chaque semaine.

Entrons dans le vif du sujet.
Céline disait, citant Churchill: « On est tous pas mal plus finfinaud après les événements. »
Voilà qui teintera surement mon analyse du cas qui nous occupe ici.
Pour être totalement honnête, Michel Vézina ne compte pas parmi mes idoles.
L'homme travaille fort, un peu partout, c'est indéniable.
Peut-être travaille-t-il trop, un peu partout?
Je n’en sais rien.
Je n’aime pas, mais je respecte quand même.
Le respect qu'impose le boulot accompli.
Deux romans et des centaines de chroniques de plus que moi.
Je me souviens par contre.
L'homme est directeur d'une maison d'édition.
À peu près à la même date l'année dernière, il faisait paraitre une plaquette d'une centaine de feuilles, remplies de mots plus ou moins cohérents, d'un auteur rapidement oublié, qu'on nous faisait passer pour être tellement subversif et violent, que la prison de Guantanamo, en comparaison, faisait office de garderie.
Quelques personnes se sont offusquées, avec raison, de cette comparaison pathétique et juvénile qui ne rendait service à personne.
Vézina est monté aux barricades pour défendre son choix éditorial et promotionnel, sûr du bien-fondé de sa cause.
Si j'en reparle maintenant, ce n'est vraiment pas pour le plaisir de remettre au gout du jour cette histoire, mais plutôt pour qu'on prenne conscience du pathétique de la situation actuelle.
Ce qui me choquait par-dessus tout, c'était cette attitude faussement subversive, l'esprit «trash», en dehors de tout, au-dessus de tout, se permettant de prendre l'exemple le plus tangible du fascisme de l'empire en place et de le ridiculiser, tout cela dans le but de vendre un pauvre bouquin.
Ça m'a tout l'air que ce qu'il ridiculisait il y a tout juste un an est revenu le mordre en pleine face.
Cette Hydre n'est pas du genre subtil et prend diverses formes.
Vézina a résisté à l'Hydre en ne signant pas la cession de droits qu'impose Québecor à ses pigistes.
Vézina, une fois congédié et censuré, s'est relancé dans une autre des gueules de la bête en publiant sa chronique entière sur Facebook.
Ça peut paraitre anecdotique, ce ne l'est pas du tout.
Tout ce qu'on met sur Facebook, appartient à Facebook.
Petit aide-mémoire :
« Vous accordez à Facebook le droit irrévocable, perpétuel, non exclusif, transférable et mondial (avec l’autorisation d’accorder une sous-licence) d’utiliser, copier, publier, diffuser, stocker, exécuter, transmettre, scanner, modifier, éditer, traduire, adapter, redistribuer n’importe quel contenu déposé sur le site. »
Facebook, faut-il aussi le rappeler à de nombreux liens avec la C.I.A., entre autres son financement d'origine.

Vézina savait-il tout ça?
Je l'ignore.
Je suis moi-même sur Facebook, souhaitant toujours retrouver cette Nathalie Théberge qui avait fait de moi son valentin en 2e année du primaire, alors, qui suis-je pour faire la morale?
Sais pas.
Je sais juste que l'Hydre met ses têtes partout. Partout. Partout.
L'Hydre veut brouiller le raisonnement des gens qui raisonnent encore.
Et elle réussit vraiment très bien.
Je m'y suis fait prendre l'année dernière, en parlant de Human Right Watch.
Croyant que c'était safe, fiable. Mais non.
Un autre produit de la NED.
Faque jme watch encore plus.
Pis ça serait donc ben le fun que les gens qui ont la parole comme Vézina, qui ont les capacités de réflexions comme Vézina, réfléchissent un instant en dehors du cadre fourni par les flutistes qui relaient les consignes de l'Hydre.
Qu'on commence à déculotter l'Empereur une fois pour toutes.

Ça, ça serait trash en calisse.

10 commentaires:

É. a dit…

Simonac de texte, monsieur Gom.

Mistral a dit…

Sorry. First time que je désabonde total avec toi.

Plein de raisons. Ça me fait pas plaisir.

Pourquoi tu le nommes pas, le débile fucker auteur du torchon, le taré mollement barbu pas foutu de ligoter Richard Martineau? C'est pourtant ben lui l'auteur, c'est lui qu'avait déclenché l'ire de McComber, laquelle se reporta sur Vézina quand il osa défendre son choix éditorial. C'était une chicane entre Éric et Michel, tu n'avais rien dit dans le temps, astheure Éric fait semblant de rien, Hardcore n'est toujours pas en cause et Vézina...

Que tu l'aimes ou pas n'a rien à voir avec ce qui est arrivé. Ce serait Martineau, faudrait le défendre pareil. Moi, j'ai republié l'intégralité de son dernier papier, et Mac a emboîté naturellement le pas, mais avant ça, keski devait faire, Vézina? C'est complètement dément, c'est de quelqu'un qui sait rien fuckall de ce dont il parle, que de blâmer un journaliste couillonné en cachette par ses bosses qui maquillent et dénaturent sa dernière chronique, le blâmer pour s'être viré de bord et tout avoir crissé sur FaceBook.

Nous autres, on écrit pas pour se désennuyer, c'est pas un violon d'ingres, c'est un métier et une identité. Un cochon comes in the night hoink hoink et change nos mots, comes morning son sort est scellé: bacon, chops, saucisse, ragoût de pattes pis des pinceaux ek les pwèls!

É. a dit…

Bon. Je tiens à rétablir certains faits.

Je n'ai jamais adressé de reproche à Ed Hardcore/Bond dans cette histoire. Sa littérature peut m’amuser, mais me laisse souvent froid, et cela pour des raisons principalement littéraires. Je ne m'en vante ni ne m'en cache, c’est juste ainsi.

C'est à monsieur Vézina que j'ai adressé une lettre l’hiver dernier pour signifier mon désaccord face à l'emploi désinvolte de l'évocation de ces prisons fascistes dans un cadre promotionnel. Je lui annonçais alors que je ne croyais pas pouvoir poursuivre mon association avec sa maison d'édition, laquelle m'avait commandé un livre.

Monsieur Vézina m'a immédiatement associé aux censeurs et bien-pensants qui sévissent un peu partout et n'est apparemment jamais parvenu à lire ma lettre pour ce qu'elle contenait. Je tiens à répéter pour la centième fois que ce que font monsieur Hardcore, monsieur Vézina ou Peewee Herman dans leurs vies ou dans leurs œuvres ne me concerne pas. Je défends même leur droit inaliénable de pondre chefs-d’œuvres ou étrons au rythme qui leur sied !

J’ai bien tenté au Crachoir d’informer un peu les collègues sur la réalité instrumentalisée dans le cadre de cette pub. Cela dit, la socio-schizophrénie ambiante, qui permet qu'une situation insupportable, intolérable et inhumaine devienne un sujet de rigolade moderne, cool ou… bandante pour certains contemporains — au demeurant dotés de neurones — m'afflige, me surprend, m'attriste, mais ne me regarde pas. Chacun vit sa vie.

gaétan a dit…

Coudonque, la photo du bas c'était pour préparer la table....

Miléna a dit…

moi, je tague coûte que coûte. Peu importe les discussions en cours. Va chez moi, beau Gom'... :0)

Gomeux a dit…

&:, merci, vieux.

Gaétan: Oui. Et les deux autres d'avant itou.

Miléna: Ok. Tannante de toi!

Mist: L'auteur, je n’en parle pas, parce qu'il est accessoire dans cette histoire et que le contenu du bouquin m'indiffère.
Je ne connais rien fuckall de l'édition, sauf que le gros bon sens m'indique que la direction promotionnelle d'un livre relève principalement de l'éditeur. Si l'éditeur, ou directeur littéraire, croit que ça va faire vendre des livres d'utiliser une prison où les prisonniers s'arrachent avec les dents les artères des bras pour se pendre avec, c'est son droit le plus strict. Il peut même dire que c'est pour dénoncer toutes les prisons du monde qu'il fait cela. C'est son droit, et j'ai le droit de douter de la démarche.

Pour le reste, la première partie de mon texte parle de la censure, donc, je prends position pour Vézina dans cette histoire-là, je croyais pourtant que c'était évident.
La deuxième partie du texte est là plus pour traiter de la guimauve ambiante dans notre société que pour blâmer Vézina.
Le but premier était de pointer l'ironie. La sweet ironie dont tu parlais toi même dans ta mise en contexte.
Qu'aurait-il pu faire au lieu de crisser tout ça sur facebook?
La réponse du finfinaud qui arrive après l'évènement est celle-ci :
Il aurait pu crisser ça sur un blog où il aurait conservé les droits de son texte et mettre l'adresse en lien sur facebook, puisque c'est si fantastique ce site.

Mistral a dit…

Il n'avait pas de blog, Gom. De fait, il avait mal préparé sa sortie. Mais fallait qu'il se revire de bord vite, sur un dix cents. Pas le temps de lancer un blog. At least that's the way I saw it, et Mac aussi je suppose: on lui a prêté nos blogs.

Gomeux a dit…

Pour ça qu'on a l'air pas mal plus finfinaud après, c'est pas gros, un dix cennes...

Mistral a dit…

J'comprends pas trop. J'espère que tu comprends, toi, que j'aime pas être en désaccord avec toi, surtout pour Vézina. Surtout quand je sais que tu crois autant que moi aux raisons de courir au secours de quiconque se fait crosser par Québécor.

Gomeux a dit…

Ça c'est sûr.
Sûr que j'aime pas être en désaccord avec toi et que Québécor c'est des sales.