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vendredi 1 février 2013

Présentations

Voici donc la Petite, flanquée de Pépin, toujours prêt à jouer au ballon, surtout au domaine des Roy-Thiran.

mardi 11 décembre 2012

Demande Spiciale II

Une demande provenant de ma plus grande fan:
http://guillaumepaquet.blogspot.ca/2008/02/didi.html

Ça commence à dater, ça va prendre un nouveau message dans le genre ben vite.

dimanche 9 décembre 2012

Les demandes spiciales

On me demande un pétage de coche? En voici un:
http://guillaumepaquet.blogspot.ca/2008/08/lorage.html

Une tranche de vie chez le médecin:
http://guillaumepaquet.blogspot.ca/2008/09/bruines-et-brouillardpartie-premire.html

Un commentaire sur les patates:
http://guillaumepaquet.blogspot.ca/2009/01/le-plerinage-de-la-patate.html

Un moment avec l'ainé, quand il était tout petit:
http://guillaumepaquet.blogspot.ca/2008/06/moments-ii_28.html

Un sur les sapins pour Gaétan:
http://guillaumepaquet.blogspot.ca/2008/01/lesprit-des-ftes-2002-premire-partie_02.html


Un peu de musique pour faire passer tout ça. Dans ma tête, je me dis que cette chanson là pourrait être la trame sonore de mes écrits. Pas compliqué et vrai. Take it away ole' Mike:




Et une photo pour finir:

vendredi 7 décembre 2012

Se mettre beau pour la visite

Il fut un temps où j'angoissais presque à l'idée de laisser ce blogue inactif deux jours de suite.
Disons que les temps ont changé.
L'angoisse c'est pour quand t'as du temps.

En fait, j'écris ici ce soir, que dis-je, cette nuit, pour la simple raison que j'ai été bien élevé, je me mets swell quand la visite arrive et/ou qu'on va à l'église.

Or, voilà t'y pas que je me retrouve avec trois autres « jeunes auteurs » dans les « 20 raisons pourquoi on a hâte à 2013 » du Elle Québec de janvier 2013, en kiosque drette là. Raison n°18 : « Lire nos jeunes auteurs. »
Comme personne ne me connais, sauf les boys de mon équipe de hockey et les 26 lecteurs qui sont passés ici au cours des cinq dernières années, les gens du Elle ont mis en lien L'Air de Rien.
Y a pas grand-chose ici depuis un bon bout de temps, donc faudrait guider les nouveaux arrivants vers une lecture divertissante.
Je propose donc ceci : faire un genre de pot-pourri, quel texte vous vient en tête en premier quand vous pensez à ce blogue?
Pas besoin de le retrouver, faites juste me le décrire dans les commentaires, je le mettrai en lien en temps et lieu.

Personnellement, j'aime bien celui-ci http://guillaumepaquet.blogspot.ca/2012/08/promesses.html.
Comme il est assez récent et que je suis pas chiche, j'en mets deux autres :
http://guillaumepaquet.blogspot.ca/2008/09/des-nouvelles-dici.html
http://guillaumepaquet.blogspot.ca/2012/02/mon-valentin-1.html

Faque c'est ça.
Les textes c'est sous le libellé griffonnage,
La famille c'est famiglia pis les photos, radiations.

Si vous êtes tanné du fond noir, faut le dire, je pense changer la couleur de toute la patente.

Faites comme chez vous, on n'est pas sorteux.




Je suis celui le plus à droite, mais en même temps le plus près de la marge.

Ça doit vouloir dire kekchose. Ou pas.



lundi 3 septembre 2012

Louvoyer


Le frigidaire était vide,
on n'a pas eu le choix d'aller faire l'épicerie.
Ça l'air de rien, mais on fait pas ça souvent, c'est l'avantage d'habiter à 43 pas du marché.
Les courses se font à pied et au quotidien chez nous.
Sauf que, quand y a pu rien, y a pu rien. C'est ce que ça fait de partir trois semaines dans le bois.

On est monté dans le coin du Petit Liban; Sauvé/L'Acadie et on s'est lancé dans la foule et leurs paniers. C'était noir de monde comme si c'était un dimanche après-midi.
En revenant, le char était plein de sacs.
De la viande, de la crégnacé, des yogourts à boire, des pois chiches, du stuff à manger pour la rentrée.

La Petite dormait, mais pas fort fort, l'heure du boire s'en venait.
Fiston était à son poste, assis entre elle et le banc vide de Pépin, prêt à la divertir en cas de réveil.
L'avantage d'avoir travaillé en char dans ce coin-là pendant six ans c'est que tu finis par connaitre les subtilités de la circulation sur l'Acadie. Tu devines où te tenir pour pas trop ralentir et être pogné en arrière d'une file de chars qui savent pas où aller manger.

— Maman? La Petite est réveillée.
— Merci mon grand. Vas-tu prendre ton chemin par L'Esplanade ou bedon tu continues icitte?
— Sais pas sais-tu... Jvas continuer icitte, j'ai même pas le gout de passer proche du bureau...
— Ouan, je comprends ça... Mais, Jean-Talon?
— Boah, spa si pire. Ça descend plus vite icitte. Sur St-Laurent les lumiéres sont pas synchros, c'est fatiquant... Avec la Petite qui va vouloir téter tantôt pis la crégnacé en arrière j'aime mieux pas prendre de chance...
— Eille non, faudrait pas que ça fonde ste belle crégnacée là!

On passe l'échangeur qui surplombe la 40.
Arrêt à la lumière, départ, nouvelle confusion.
Chose qui veut aller au centre Rockland, l'autre qui en sort. Faut avoir des yeux tout le tour de la tête.
Je réussis une fois de plus à pas me faire rentrer dedans et on poursuit.

La Petite commence à faire ses sons de fille pas contente. C'est adorable.
Ça fait changement de ses frères qui étaient des affamés chroniques. Fallait leur donner le sein dans la minute suivant le premier chignement sinon c'était la crise.

Mais pas elle.
Elle fait la moue et son premier « Muuuuggnn » suit pas longtemps après.
Comme maintenant. On est encore loin, je viens à peine de contourner les pas-certains-de-comment-tourner-à-gauche-sur-Jarry, on approche St-Roch.
Les premiers pleurs commencent. On ne les entend pas souvent, c'est aigu, mais on l'aime.
Y a tout le temps un nifflette qui veut tourner sur Olgilvy qui met pas son flasher, je prévois le coup je suis dans la voie du centre.
On passe Ogilvy, ça pleure pas mal.
— On arrive bientôt papa? Chu tanné de l'entendre pleurer!
— Eh beh, t'avais oublié ce que c'était? On arrive sur Jean-Talon là.
— C'est proche de chez nous?
— 5-10 minutes, dépendamment du trafic.

Voie de gauche, file d'attente pour tourner sur Jean-Talon.
On attend, il passe six ou sept voitures à chaque flèche clignotante.
On n’est pas pressé, mais presque.

Je vois dans mon miroir qu'un autobus arrive par la droite à toute allure.
Il nous dépasse et je vois à qui on a affaire.
— Asti! L'ADQ! Ah ben câlisse, y veulent tourner à gauche en plus!
— C'est pas l'ADQ, c'est la CAQ, non?
— Y aurait beau changer le nom du Cheez-Whiz pour Délice Fromagé, ça resterait du crisse de Cheez-Whiz.
— Tu sacres, papa.
— Boah, pour les fois... Check ça! Y bloquent deux voies les caves!
— Gui, y a assez de bruit avec la Petite, crie pas en plus...
— Je crie pas, chu émotif. Fuck, j'aimerais ça qu'y débarque de son autobus, le champion, venir prendre une photo avec le bébé, juste pour voir comment ça passerait...
— Mais, y vont où là?
— On dirait ben que bloquer deux voies de ce bord citte c'était pas assez, y veulent bloquer l'autre bord itou. Y a pressé, pis pressé colon... Doivent avoir un débat avec la tivi kekpart.
— Spa une raison pour bloquer tout le monde!
— Fâche-toi pas après moi, on est du même bord! Bon, check ça, y passe sua rouge!
— Rendu là...
— Saint-esti, va falloir attendre la prochaine flèche. Check ça les amateurs, faut pas que tu roules à droite sur Jean-Talon, tout le monde se met sué quatre flashers pour aller s'acheter des cossins, ça jam ben raide. Faut rouler à gauche pis se placer à droite au coin de Wiseman pis Querbes. Méchant chauffeur...

On a finalement passé. La Petite a braillé jusqu'à la maison, ça aura pris 15 minutes.
Ça aurait été 10, n'eût été de l'autobus des déplaisants.
Ils me diront, c'est juste cinq minutes.
Je répondrai, exactement.
J'ai pas de patience avec les déplaisants.







jeudi 30 août 2012

Factice

PETING
— Pépin! Combien dfois jt'ai dit de pas lancer ta balle là?
— Ok Guiôme. Veux jouer papa?
— Non, je peux pas. Pis viens donc icitte, on va t'habiller, chu tanné de te voir la bisoune à l'air.
— Non veut pas!
— Pourquoi tu veux pas? T'attends-tu de te coincer ça dans le cadre de porte encore?
PTINGGG
— PÉPIN!
— OK ok, cuuse. Moi gentil là, han papa?
— Tu vas être gentil quand tu vas être habillé pis que tu vas arrêter de snapper ta balle sur la chaise de ta soeur. Viens icitte. Maintenant.
— Ahahahaha!
— PÉPIN! Calisse de tête dur..
— Quoi papa? Caca? Ahahahaha!
— Viens t'habiller, maintenant, sinon je t'enlève ton bâton de hockey pour la journée. Comprends-tu, là?
— Okokok!

Le téléphone sonne.
Douce répond. Ça fait au moins cinq fois que ça sonne depuis une heure. C'est pas normal. Ce doit être le retour à la maison. La Petite, surtout. Tout le monde veut savoir. « Pis, la petite? »
Je comprends tout de suite c'est qui, juste en entendant le sourire dans la voix de Douce; « Oui oui, t'le passe, tapeu! »
C'est un directeur artistique.
Il a laissé deux messages sur le répondeur pendant qu'on n'était pas là, ça fait 7 ans que j'ai pas travaillé pour lui.
La dernière fois, il avait pas aimé la façon que j'avais posé un morceau de tape dans les estrades du Colisée Laval.
C'était pour une pub de quincaillerie avec Elvis Stojko, juste avant les Olympiques de Turin.
Il hurlait à partir de la patinoire qu'on voyait mon morceau de tape tout croche, là haut, juste sous mon pied, dans la dernière rangée de sièges. Je lui avais répondu que tout ce que moi je voyais c'était la banderole The House of Pain, au plafond de l'aréna.
Il ne m'a jamais rappelé.
Jusqu'à aujourd'hui.
— Oui allo?
— C'est-tu bon signe si c'est une fille qui répond chez vous un dimanche matin?
Pépin se sauve de moi et court vers la Petite pour lui donner un lourd bisou. Je surveille.
— Mmmm?
— Écoute Guillaume, je sais pas si je te l'avais déjà demandé, es-tu disponible du 10 au 15?
— Euh.
— Pis j'ai autre chose aussi après, à partir du 27.
— Ben, je sais pas si tu me mélanges avec un autre Guillaume, mais ça fait six-sept ans que j'ai ma job steady, faque...
— OK. shhhbUp.
— Allo?
— buuuuuuup
— Ah ben calisse.
— Quoi? Kessé qui voulait?
— Y m'a raccroché au nez le cave!
PETING
— Pépin, simonac!
— Buuuuuut! Ole ole ole oléééé!


mardi 28 août 2012

Mascotte


Le cadran a sonné, il s’est presque aussitôt tu. Six heures et demie. J’ai pas besoin de lui pour me faire la morale : « Té couché trop tard. Trop tard. Trop tard. Trop tard. Trop tard. TroCLOMP. »
Silence.
La Petite dort entre nous deux. Sa respiration est profonde, calme quoique sifflante. Une crotte de nez, surement. J’essaierai de m’en souvenir, une shot d’eau salée et la pompe nasale. Plus tard. Elle sera pas contente.
Je la regarde, les yeux me ferment.

Douce me réveille.
— Gui, yé sept heures. Y a de l’école à matin, let’s go.
— Mrrmmffh.

J’ai de l’école? C’est les Schtroumpfs à la télé ? Y a de la neige dehors?
Le sifflement de nez de la Petite me rappelle que je ne suis pas à Amqui, que c’est pas moi qui commence sa deuxième année aujourd’hui. Ça m’aide à me lever du bon pied.
— Salut Pa
— Allo Guiôme ! Gros match aujourd’hui, han papa? Han papa?
— Mmmh, moui moui pépin. Plus tard, ok?
— Ok.
— Beau dodo pépin, on t’as pas vu de la nuit.
— Moi grand, han papa !
— Oh oui. T’es grand.


Une demi-heure après tout le monde est prêt à partir.
L’avantage des débuts d’année.
J’essaierai de m’en souvenir en février, quand il faudra leur enfoncer leurs toasts dans la bouche à huit heures moins cinq.

Et c’est parti.
Traversée du parc, petit crochet sur Dante, tourne à droite sur Henri-Julien, à gauche par la petite cour.
On aperçoit aussitôt un camion de télé de l’Empire. Son gros logo jaune-rouge-bleu, son antenne en érection.
On sort de la cour.
Douce prend Pépin dans ses bras.
Je prends Fiston par la main.
Je serre la Petite un peu plus contre mon cœur en remontant le tissu du porte-bébé sur sa tête.
Il y a une dizaine d’autos de polices. Des vélos aussi.
Pas de chevaux. Pas d’hélicoptère non plus, je crois.
Juste des policiers souriants.
Et une mascotte.
En forme de chien? D’ours?
Peut-être simplement une mascotte en forme de mascotte police.

On s’approche lentement.
Je sens que j’ai un étrange rictus en lieu de sourire.
Je me retourne, Pépin a le visage blotti dans le cou de Douce.
J’entends presque son cœur battre d’ici.
On arrive à la grille.
La mascotte à une épinglette avec son nom sur la poitrine.
Flik.
Fiston lâche ma main et prend la règle et l’étui que le policier lui tend.
— Tiens mon grand, bonne rentrée !
— Qu’est-ce qu’on dit Fiston?
— Merci.
Sieg heil.
— Pardon monsieur?
— Oh, bon matin.

On se faufile par l’entrée.
Ils sont tous là.
L’Empire, la télé d’État en français, la radio d’État en anglais, la télé privée anglaise.
Tous souriants avec leurs caméras immenses, essayant d’agripper un jeune, un parent ou les deux en même temps.
Derrière la grille, les autos patrouille, les vélos blindés, les antennes micro-ondes affamées, turgescentes. Les téléspectateurs attendent.


J’entends un parent parler à Flik.
— J’ai un ami mascotte aussi, un gros panda, Anarchopanda, tu connais?
Pas de réponse autre que le tapement de son énorme pied botté.

Les professeurs sont là avec des pancartes, groupe 111, 212, 311, les enfants s’agglutinent autour d’eux.
J’ai perdu Fiston de vu.
Je regarde immédiatement en direction des souriantes, elles ont toutes leurs micros pointés sous le nez d’enfants, il n’est pas là.
Pépin est toujours caché au creux du cou de Douce. Elle parle avec des amis. Je l’entends :
— Quand même comique, on n’a pas le droit de prendre des photos de nos enfants à la pataugeoire, mais ici, pas de troubles, le party est pogné…

Le directeur arrive, la même bonne bouille que l’année passée, ça rassure, quand même.
Il fait son discours d’accueil, les caméras ne tournent plus. Les maquillées se remaquillent.
Il termine et invite les jeunes à entrer, les caméramans se réveillent à nouveau, automates à la recherche d’histoires humaines; la première entrée d’un élève de première année.
Il retourne vers la sortie aussitôt qu’il a ce qu’il veut, bousculant sans le savoir les deuxièmes années qui attendent d’entrer, balançant son imposante caméra à bout de bras.
J’aperçois Fiston qui l’évite et reprend son rang en parlant avec ses amis.
La cour se vide tranquillement d’enfants, ne reste que les parents dispersés à travers des uniformes bleus et des portes-micros.
Je rejoins Douce et les amis. On parle doucement, en cercle, faisant dos à l’armada.
— Le plus vieux de mon voisin s’est fait arrêter à l'université hier.
— Voyons donc toi calisse ?!
— J’imagine qu’y ont pas donné d’étui.
— Nope. Un beau bracelet en Ty-Wrap
— …

On quitte pour aller porter Pépin à sa garderie.
Il marche d’un pas nerveux, regardant toujours derrière lui.
La mascotte est avec le policier en chemise blanche, ils sont entourés par les caméras, les fardées posent leurs questions. Les téléspectateurs auront leurs réponses.

J’augmente la cadence, la Petite chigne un peu, elle bouge contre moi.
Je la serre un peu plus et je lui chante tout bas ce qui la calme le plus ces jours-ci :

My heart tells a different story.
My hands feel a different pulse.
If anything means anything,
There must be something meant for us to be.

Je n'ai pour réponse que le sifflement de son nez .
Ça va aller.

jeudi 23 août 2012

Promesses



L’Ainé est au bout du quai, il teste la chaleur de l’eau. C’est entre chien et loup, la fraiche commence à se faire sentir, la rosée aussi.
— Tu viens papa ? Est bonne.
— Nah, sais-tu, jvas préparer le feu à place, spâ chaud-chaud.
— Envoueille, tu viens jamais te baigner!
— Jamais quand y commence à fére nouère et frette, non.
— Fait pas frette papa!
— Simonac, l’érable drette là est déjà rouge, ça veut dire quoi d’après toi ?
— Bon, ben, bye.
Et plouf. Dans l’eau. Je remonte le capuchon de mon kangourou et je pars lui chercher une serviette, y va en avoir besoin.
Pépin s’assure que je ne m’en vais pas nulle part en me courant après. Un jour je comprendrai comment il peut avoir la témérité de défier un adulte, genre : « Heille! Notre pédalo ça. Part pas avec, toi! » et être en même temps terrifié par des banalités.
— Attends-toi, GuiÔme!
— De quoi t’as peur, y a rien icitte, pas de motos, pas de mascotte, pas de père Noël, rien!
— Peur du Hueur!
— Y est même pas là le huard! Pis y veut rien savoir de toi, t’es pas un poisson!
— ATTENDS-TOI BOOOON! GUIÔME! ATTENDS-TOI!
— C’est attends-moi et papa, merci beaucoup. Et arrête de crier, on doit t’entendre jusqu’au village, Monsieur Bruit…
— Pas Monsieur Bruit bon. Attends-moi Guiôôôôme.
— Papa.
— Pas père-Noël han papa ?
— Hmm ?
— Pas père Noël, han papa ? Han papa ?
— Sais-tu, sais pas si y est pas là, le père Noël…
— Han ?
— Rien, rien.

On entre dans la véranda du chalet. Douce est là avec la Petite dans les bras. Elles regardent l’Ainé nager à travers les nénuphars. Les canards le suivent, s’attendant peut-être à ce qu’il sorte du pain de sa veste de sauvetage.
La Petite ferme les yeux, tranquillement, toute emmitouflée dans les couvertes de polar, prête pour aller dormir près du feu.
Un mois et quelques déjà qu’elle est là. Deux heures de travail, une sage femme formidable, la même que pour les deux frères, et hop, un autre miracle dans la famille.
J’ai un frisson qui vient du ventre en les regardant, les deux femmes de ma vie...
— Veut donner un bisou !
— Doucement Pépin.
SMMMACK ! Sur le pied gauche, qu’il prend bien soin d’abaisser à son niveau.
Elle se réveille, surprise, encore, par ce tsunami d’amour.
— Pépin, simonac, ton amour est trop lourd… Mollo, ok ?
— Ok Guiôme.
— …
On ressort aussitôt avec le sac de guimauves et une serviette.
— Bon pour la santé des guinnis, han papa ?
— Boah, pas full mon vieux.
— Pourquoiiii ?
— Trop de sucre.
— Pourquoiiii ?
— Pour que t’en manges beaucoup.
— Moi en manger beaucoup des guinnis, han papa ?
— Des guimauves ? Non. Trois, quatre si t’es fin.
— BEAUCOOOUP GUIÔÔÔME !
— T’en auras pas pantoute, chummy, t’aimes tu mieux ça comme ça ?
— Ok ok, moi gentil là. Han papa ?
— Ouan ouan.
Il aperçoit les canards.
— Oh, mes amis sont là !
— Eh beh.
— Mes A-miiiiis ! Coin ! Coiiiiin !!! Coiiiin-euh !
Venant de nulle part, plus loin :
— PAPA !
— …
— PAPA ! J’ai froid ! Ma serviette sivouplaaaaais !

***
Ma bière achève.
Tout le monde est couché.
Mon regard hagard scrute les variations de rouge dans la braise.
J’entends de la musique qui arrive de l’autre bord du lac. Je reconnais l’air presque tout de suite mais la voix me fait hésiter.
Cabrel. Mais… Shakira ? Calvaire, kessé qui vont pas inventer…
La chanson se termine, les pubs de vendeurs de chars et d’assurances s’enfilent les unes après les autres.
Une brochette d’inepties jusqu’à ce que l’animatrice apparaisse.
Sa voix semble couvrir le lac au complet et j’ai bien cru voir le huard s’enfoncer dans la noirceur du lac, au loin, par dépit.
Elle parle avec une auditrice qui voudrait-bien-entendre-I-will-Survive-s’il-vous-plait-en-souvenir-de nos-danses-mon-mari-et-moi.
Ça fait beaucoup de bruits à endurer, toutes ces pubs, ces animatrices… Pour pouvoir entendre ces reprises mièvres et ces succès souvenirs jamais disparus ?
Le bruit…
Je me résigne et je mets mes écouteurs, un blasphème en temps normal, mais faut pas virer fou, I Will Survive, l’hymne boomer par excellence…

Mes tympans explosent, je pense. Un des garçons a joué avec mon cossin à musique.
Je baisse le volume aussi vite que possible. La radio me revient aux oreilles;
«I was petrified !»
Je replace mon casque d’écouteurs et repars aussitôt dans mes divagations, emporté par les riffs et les vagues rouges incandescentes.
Plus que trois semaines avant de réintégrer la course des rats, fini le congé de paternité…
La même journée que le peuple choisira un nouveau bouffon.
Ça fera assurément rire encore un peu plus le Monarque.
J’irai mettre mon X quelque part, j’aime l’humour, moi aussi.
Toutes ces conversations inutiles, qui évitent le fond, le questionnement.
Tout ce bruit…
Je ne subis présentement la mascarade que par les journaux que nous ont laissé les propriétaires pour allumer le feu. Et la radio trop forte de l’autre côté du lac.
Des nouvelles des débuts des Olympiques, du début de la campagne électorale.
Les chroniqueurs qui font les bilans; résultats, attentes du public, impacts économiques, prédictions, commandites. Citations; « On ne voulait pas céder à la rue ».
De la pub de vendeurs d’autos, d’assurances, de pilules, de divertissement.

Je monte le volume, le refrain me happe une fois de plus.
We are Cowards and Thieves.

Ça me renvoie, encore, à la conversation que j’ai eue avec Thiran, à notre première soirée ici, au premier feu, il y a deux semaines :
— Kafka disait que c’est l’impatience et la paresse qui mine le plus le Monde. Que ce sont les deux plus grands péchés capitaux, mais principalement l’impatience…
— Mmm.
Je m’étais allongé bien au fond de la chaise de camping en pétrole tissé, happé par la clarté de l’affirmation. Puis, enhardi:
— Comique parce que de nos jours, tout est porté sur la production et la consommation immédiate, la patience passe mal dans ce contexte là.
— C’est bien la preuve qu’on est en enfer…

***

Je somnole. Presque plus de braise, bientôt minuit.
Silence.
Pas de radio. Pas de party chez les voisins. Pas de thermopompes ni de climatiseurs.
Même pas de bruit de vague.
Le lac est immobile. Noir.
Je me lève et je prends le tisonnier.
Je sépare les plus gros morceaux, les laissant seuls à eux-mêmes, chacun dans leurs coins.
Ça ne sera plus long, il ne restera plus rien dans une heure.
Le huard hurle, il est juste au bout du quai.
Je sursaute, surpris par sa proximité.
J’essaie de faire son cri, en ville les gens trouvent que je l’ai.
C’est pas mal mais ça manque de coffre, je m’en rends compte aussitôt que le son quitte ma bouche.
Je le vois s’éloigner dans la vapeur qui monte de l’eau.
Il ne me répondra pas.
Comme d’habitude.


mardi 22 mai 2012

L'Espoir

Je n'ai de ma vie, jamais été aussi fier d'être montréalais.
Je suis revenu de ma nouvelle job (de cave, j'en reparlerai en moment opportun), j'ai regardé les images de la manifestation.
J'ai très sincèrement pleuré, de joie et de rage de ne pas avoir pu ajouter mes pas aux leurs.
Me trouvait lâche.
Ça a vite passé.
À 20h, toute la smala est sortie sur le balcon en avant.
Petite séance de piochage sur les casseroles, pour se souvenir en même temps du Chili, Pinochet, Jara, Allende, Neruda et tous ceux disparus durant ces effroyables années de dictature américaine.

Les enfants savaient pourquoi on piochait.
Pépin qui sent sa soeur arriver bientôt est plutôt inquiet en général ces temps-ci, il a peur du vent, des bruits, de tout. J'ai dit un mot de trop (ou pas) pendant que j'expliquais et maintenant il a peur des polices.
« Faut faire du bruit pour faire partir les Méchants, Pépin! »
Y a pioché en tabarnac.
Je leur avais ben expliqué qu'on serait peut-être tout seul au début, mais que les gens arriveraient peut-être.
Après 5 minutes de piochage, Douce me dit d'arrêter. Ça m'irrite, je demande pourquoi.
Écoute, qu'elle dit.
Ça piochait partout dans le quartier.
On s'est mis à marcher.
J'ai tapoché sur une pancarte de passage d'écoliers qui était renversée.
Ça sonnait en esti.
On s'est ramassé avec les amis pas loin de chez nous.
C'était la fête, Grand Fiston et Vinny Boy qui courait partout en se tapant sur la tête, protégée par leurs casseroles.
Une bonne centaine de gens, ben tanné de se faire prendre pour des caves.
J'ai attendu en vain de voir un char de police passer.
Peut-être demain.

J'aime ma ville.
Mon pays, le Québec.
Il est plus que temps qu'on se le réapproprie, les chiens ont assez grugé dedans.
Au moins, Pinochet avait pas peur de porter l'uniforme.
Une autre preuve que Charest fait rien de bon.
Même pas capable de mettre le costume qui lui irait le mieux.




vendredi 30 mars 2012

Empereurs

On m'a déjà demandé en entrevue, pour une job de service à la clientèle d'une compagnie
de systèmes d'alarme, quel était mon animal préféré. J'ai dit sans hésiter; le raton-laveur.
Pourquoi? m'a t'on répondu, presque en m'ouvrant la porte pour me faire sortir du bureau. Parce que c'est intelligent pis ça l'air de rien.
Je n'ai pas eu l'emploi. Qui sait où j'en serais aujourd'hui si j'avais passé une partie de ma vie à me faire crier après au téléphone.

Pépin se faisait garder hier pendant que je jouais au hockey. En revenant le chercher après la game, j'ai croisé un raton, drette au coin de Bellechasse et de Bordeaux. Je vais chercher Pépin, lui raconte qu'on a gagné, que c'est la finale la semaine prochaine, que j'ai vu un raton laveur.
Il connaissait pas.
Aujourd'hui, il m'en reparle, associant ratons laveurs et victoires au hockey. Autant dire que c'est dorénavant ancré en lui, dans sa fibre profonde. Avant de se coucher, il voulait voir de quoi ça avait l'air, un Raon aveur. En fouillant un peu, je suis tombé sur cet incroyable document pour la postérité.
Vous ne pourrez pas feindre l'ignorance quand l'inévitable arrivera.
L'humanité sera un jour dominé/exterminé par les ratons laveurs.
Pourvu qu'ils surveillent leur ligne.

Vos enfants me remercieront.

http://www.cbc.ca/documentaries/natureofthings/video.html?ID=1815680672

jeudi 8 mars 2012

Femme

Mes pensées vont aujourd'hui à toutes ces opprimées de par le monde.
Pour ne pas oublier que c'est encore une gang de morons machistes qui prennent les décisions.
Lâchez pas mesdames, on vous amène du renfort très bientôt.
Ça sera pas une nunuche, ça c'est sûr.
C'est sûr, puisque ce sera ma fille.
Je me tanne pas de l'écrire.



mardi 14 février 2012

Mon Valentin #1

Je t'aime depuis toujours, toi.
Depuis ce samedi midi d'avril où il faisait 15 degrés.
Il faisait chaud dehors mais c'était pas mal plus chaud en dedans.
T'as changé ma vie.

Je t'aime tout le temps.
Je t'aime quand je te vois depuis deux semaines lire tes livres à voix haute,
je t'aime quand tu me demandes comment on lit ce mot-là,
Je t'aime même si tu ne me demandes plus pourquoi-ci, pourquoi-ça.
Je t'aime quand tu me dis salut de loin, avec la main
et ton sourire gêné de grand garçon qui joue avec ses amis dans la cour d'école.
J'aime quand tu dis Youtoume et boire de l'alcode, ça me rappelle que t'es pas si grand encore.

Je t'aime quand tu m'énerves, que t'es méchant avec ton frère,
Je t'aime quand tu ne m’écoutes pas, que tu chiales pour rien,
que tu veux pas-ci, que t'aimes pas-ça et que t'entends pas quand je te dis que

Je t'aime.
Sacripant.

Oublie-le pas.

jeudi 2 février 2012

Sourds

J'arrive de la job, le téléphone sonne, évidemment.
Ça sonne tout le temps quand je suis :

  • Sur la bolle
  • En train de manger
  • En train de changer une couche
  • Les pieds pleins de neige, la porte ouverte, les lunettes embuées.
Et c'est jamais pour moi.
Sauf que là, oui.

— Bonjour! Ici Machin Chose, chui l'infirmière de l'école, z'êtes le père de Grand Fiston?
— Ah ben, bonjour, oui c'est moi!
— Oui monsieur, je suis dans la rougeole jusqu'au cou!
— Ah ben, nous c'était cet ét-
— Écoutez monsieur Pâquet, j'ai vu que dans le résumé de vaccination de Grand Fiston, il avait reçu deux doses du RRO, donc Grand Fiston est protégé y pas de problème, faudrait juste nous faire une copie du carnet de vaccination pour qu'on remette tout ça aux autorités concernées.
— Moui, ben, ok, sans problème. Il a eu la rougeole cet été, faque coté protection c'était pas fo-
— Oh, est-ce que vous avez le papier du médecin?
— Non, ça me semblait irresponsable d'aller à l'hôpital, infecter plus d'enfants (si bien protégés) pour recevoir un diagnostic que je connaissais déj-
— Ah, ben vous savez, avec la rougeole, ça peut être, la rubéole, la-
— Non. C'était la rougeole.
— Z'êtes certaiiiiin?
— Vous voulez les photos?
— Bon, Écoutez, de toute façons, il est protégé, faites-moi parvenir la copie du carnet, et on va mettre ça au  dossier.
 — Je vous met ça dans l'agenda de Grand Fiston sans faute!

mardi 31 janvier 2012

Das Gut

Adele papa?
— T'es sûr? T'es pas tanné? Tu veux pas les Black Keys plutôt?
— Tambours?
— Ouais ouais les tambours...
— Vouiii!
— Boooon, on joue là?
— Bakkeeze!
— Ouais ouais, tapeuuuu, ok, go!
Gestuelle de tambours, prise en mains du bâton, position de base de patin, euphorie:
— Patine patine patine!
— Pas trop vite Pépinot, t'as oublié ta rondelle!
— Patine patine!
— Oooook.
Patinage en pantoufle, lançage de rondelle molle avec bâton en plastique cassé trois fois puis tout rabouté, fin de chanson.
— Encore Bakkeeze papa!
— As-tu vraiment besoin de musique pour jouer au hockey?
— OUIIIIIII BON!
— Wo wo wo, ok ok. Kessé tu veux là?
— oh oh oh, ohoh oh oh!
— Tu veux oh oh oh?
— Bon, ok, tapeuuu, kein.
Moment d'hésitation, version live, différente, kessé? Oh oh oh! Ok! Recommence à jouer. 
— Joue papa!
— Hmm? nah, je regarde ça, là.

Une version de Trusty Chords. Un ange de l'internet a tout mis ça sur Youtube, la tournée Revival de cet automne de Chuck Ragan pis sa gang. Oh boy.
Du gros gros fun.

Sacré Germains, chanceux!
Ragan quand il vient ici, c'est le Quai des Brumes, les Foufs...
Là-bas, c'est la grosse TV pis les salles chics!
Asti qu'ils l'on l'affére, les Germains.

Du gros fun!




dimanche 6 novembre 2011

Soirée

Vinny boy est à maison, avec Grand Fiston. Y couche chez nous, c'est pas trop de troubles, à cet âge là, c'est moins tannant d'en avoir deux ensemble que yenk un. Tsé, ça joue ensemble.
Le trouble, c'est quand le plus jeune veut embarquer, tsé. Là ça marche pas.
Hurlements, cris, déchirements, pleurs, rires et cetera.
Faque Vinny boy est à maison, soirée cinéma, c'est les Bagnolles 2 qui joue.
Boah.
Pépin épuise ses dernière minutes de tolérance à la chose télévisuelle.
Pas trop son fort de rester assis là pendant qu'on peut déranger les plus grands.

Y a une game en même temps. Montréal/NY.
Supposé regarder ça ek Mek.
Pas de nouvelles.
Je le texte.
Jamais autant utilisé ce guizmo que depuis qu'il est revenu par icitte.
Faut ben avouer, c'est pratique, tant que ça ne devienne pas une maladie mentale.

Aucune idée y est où. Té où que j'y écris.
Bedibedip, sur Fullum.
Bon, kidou.
Commence à texter, ça sonne, je réponds, allo allo, non pas reçu tes textos, fucké stie.
D'un coup, la voix devient féminine, Guillaume, tu fais quoi? Je regarde Flash McQueen 2, toué?
Moué je t'attends. Bon, ben, attends, bébé. Sra pas long.
C'est flyé pareil ces cellulaires là, on y entends de drôles de choses...

Le film fini, pogne la tuque, les tites lumières à bécyk, bisoux à todos pis on décolle.
C'est pas mêlant, chu descendu tellement vite, j'ai eu les oreilles bouchées un bon quinze minutes après être arrivé, rapport à la différence de hauteur entre mon quartier et le bas de la ville.

Ontario/Fullum.
Pas des coins que je visite trop souvent depuis une dizaine d'année, je m'embourgeoise peut-être.
J'entre dans le bar, c'est rénové. Beau gyproc pis toute. Frigidaires plein et TV partout.
Dans le temps, fallait sonner à la porte, pis si t'étais pas trop crotté, on te laissais entrer.
Maintenant tout le monde peut rentrer, mais la place est vide, presque.
Mek est au bar, une demi-douzaine de quinquagénaires sont là aussi, pas trop loin des machines à sous.
La serveuse, une certaine «Marylin» m'accueille avec un «stu fesait on t'attendait» juste assez sympathique pour avoir le gout d'y donner une piasse de tip.
Elle la joue bien, d'ailleurs, sa pièce, une vraie actrice.
Oh oui.
Il reste pas grand temps à la game, pas très grave, je venais pas vraiment pour ça anyway.
C'est 4-2 je pense, pourront pas battre Lundqvist en tirant de loin de même, tsé, franchement.
Ça fini.
Un chansonnier commence.
On se croirait à Amqui.
Roger et ses machines et sa guitare accessoire.
Douleur, malaise, cris, hurlements, malaise encore et pas de solo.
Puis, après une éternité et la Dame en Bleue, la place prend en feu.
Un petit bout d'homme se met à chanter, mais vraiment chanter.
Pas comme Roger et ses machines.
Non, en espagnol, amigo.
Le public comprends rien, moi non plus, mais on observe un être en pleine possession de ses moyens.
C'est beau.
Il enchaine avec quelques succès de boomer.
Quelques boomers de sexe incertain, probablement féminine, essaient de danser en ligne chacune de leur bord.
Même pas de malaise, on entend juste l'amigo à la voix d'or.
Faut le faire quand même.
Roger est à sa table, seul, et se questionne, pourquoi lui et pas moi.
Lâche tes machines, Roger, gratte ta guitare!

Si ça marche pas, ben, c'est ça qui est ça.
Comme disait le vieux Joe, si ça fait un bout que t'essaye, on a déjà entendu ta chanson.
J'essaierai de m'en rappeler moi-même.

lundi 3 octobre 2011

Contresens

Un lundi de début octobre.
Octobre le sombre, le froid, l'humide.
Un lundi matin pluvieux d'octobre.
On décide tous d'en faire ce qu'on veut.
Personnellement, octobre me pue au nez depuis une quinzaine d'années.
Chaque fois qu'il arrive je me dis que non, pas cette année.
Cette année, ça va être super!

Oui, cette année, ça va être super au mois d'octobre!

Ce matin, donc, bruine, crachin, octobre.
On s'habille, imperméables, polars, tuques, bottes.
On part.
Après deux minutes, donc à mi-chemin, le plus vieux se rend compte que la gourde dans sa boite à lunch est en train de se vider.
Il s'en va cueillir des pommes avec sa classe, c'est pas le moment de mouiller ses culottes.
Trop tard.
Évidemment, je trouve une façon de le blâmer et on continue.
Je le dépose à l'école et j'amène le plus jeune à la garderie.
Pas de souliers pour lui, sont restés à la maison.
— On a oublié les suyers, on peu t'y vous en emprunter?
—«On»? Ahah!

C'est vrai que la vérité choque.

Les enfants déposés, pas trop d'anicroches, somme toutes.
Tout va bien!
Je rebrousse chemin vers la maison.
Un truc m'accroche le regard, juste comme j'allais le manquer.
Oh.
Un chat mort en plein millieu de Dante.
Octobre.
Je décide de passer outre.
15 secondes après, je me retourne pour voir à nouveau, un pick-up de la ville arrive, s'arrête.
Une femme sort, se penche, ramasse le corps inanimé, le dépose dans la boite du pick-up, enlève ses gants, rembarque, repart.
Professionelle la dame.
Pas comme moi, qui arrête pas de penser au gamin, à la gamine, la madame, le monsieur,  qui va chercher son chat en arrivant chez lui.
Et qui va attendre pendant tout le mois d'octobre, probablement.
Puis octobre va passer, et ce sera mieux, surement.

lundi 29 août 2011

Début

Pépin est dans le lit, je n'essaie même plus de le réveiller, ça fait 10 minutes que j'échoue.
Je déteste réveiller un enfant, c'est contre nature il me semble.
Il se réveille soudainement et lâche, les yeux grands ouverts:
— Ion, cole! ( qui se traduit par, Grand fiston va à l'école ce matin!)
— Oui!
— À bas à bas? (Là-bas là-bas? Près de ma garderie, comme l'an passé là?)
— Oui oui!
— Oh cooooool!

Ouais, cool. Fait trois jours qu'y dit ça, coool.
Pépin, touche pas à ça, c'est à Cécile, ah oui? oui. Elle fait caca par là, oh cool.

Ouais.
Cool.

En soirée, je remplis les feuilles et l'agenda où on me demande d'écrire trois ou quatre fois la même affaire, informations de l'enfant, personnes à contacter, etc.
Je fais tout ça diligemment et je me mets à fouiller l'agenda avec tout autant de diligence.
Ben simonac, la carte du monde est fourni par la C.I.A.
Crisse, sont ben capable de les avoirs fait payer en plus ces astis de charognes là...
Évidemment, y a juste moi qui va trouver ça un tantinet étrange qu'un organisme d'un état étranger, qui est si puissant qu'il en est en fait un état lui même indépendant, à la solde des plus grandes compagnies et autres crosseurs de l'univers, fournisse du matériel scolaire à mon enfant.
Ben non voyons.
Y a rien là.
C'est yenk une carte du monde.